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La question s’était soulevée lors du colloque de 2017 : faut-il séquencer la tumeur de tout patient atteint de cancer ? Une étude récente montre que le profilage de l'ARN, en plus de celui de l’ADN, permet à un plus grand nombre de patients atteints d'un cancer en stade avancé de bénéficier de thérapies personnalisées, par rapport aux tests standard des mutations de l'ADN seuls.

C’est une première en recherche clinique. Une étude a réalisé une analyse transcriptomique (tests de l'expression de l'ARN) afin de personnaliser le traitement  pour un plus grand nombre de patients, en fonction du niveau d'expression de l'ARN dans les tumeurs par rapport aux tissus normaux.

303 patients, qui avaient déjà reçu plusieurs traitements, ont pris part à l'essai WINTHER, la première étude du Consortium WIN publiée le 22 avril dans la revue Nature Medicine (1). Parmi eux, un quart avait déjà reçu cinq lignes thérapeutiques ou plus. 107 ont été traités conformément aux recommandations formulées par un comité de spécialistes du cancer provenant de cinq pays différents : 69 ont reçu un traitement choisi sur la base d'un profilage de l'ADN et 38 celle d'un profilage de l'ARN.

 

Une thérapie personnalisée pour 35% des patients

Au cours de l’essai WINTHER, une thérapie personnalisée a été trouvée pour 35% des patients atteints d'un cancer en stade avancé. « La stratégie utilisée par l'essai WINTHER a débouché sur une proportion plus élevée de patients traités que dans de nombreux autres essais de médecine de précision. Les précédentes études avaient identifié des traitements potentiels pour 5% à 25 % des patients sur la seule base d'un profilage de l'ADN. Les conclusions de l'essai WINTHER représentent donc une avancée de taille vers la mise en application d'une médecine de précision en oncologie », estime Richard L. Schilsky, président du Consortium WIN.

 

Un algorithme breveté utilisé pour les analyses

Au cours de cette étude, une évaluation des altérations cibles de l’ADN de la tumeur a été réalisée dans un premier temps. « Les patients ne pouvant pas bénéficier d’un traitement ciblé sur la base des altérations de l'ADN étaient orientés vers un traitement personnalisé élaboré à partir des différences d'expression génique entre la tumeur et le tissu sain », expliquent les chercheurs. L’usage d’un algorithme breveté mis au point par le Consortium WIN a permis l’analyse de ces différences. Les chercheurs ont démontré que l'expression de l'ARN pouvait être utilisée pour augmenter les options thérapeutiques des patients, la biopsie des tissus normaux étant sans risque et bien acceptée par ces derniers.

 

Vers une augmentation de la survie globale médiane

Les patients ayant reçu une thérapie personnalisée et optimisée sur la base des altérations de leur propre ADN, ou basé sur un profilage de l'ARN, ont mieux répondu au traitement. Pour les patients ayant présenté un indice de performance favorable et un matching optimal à la thérapie, la survie globale médiane a nettement augmenté (25,8 mois, contre 4,5 mois pour les autres). Une corrélation a aussi été constatée entre le degré de matching et la survie sans progression, indépendamment du nombre de thérapies antérieures. « Ce que nos résultats démontrent avant toute chose, c’est que les patients traités avec un médicament ou un protocole correspondant davantage au profil moléculaire de leur tumeur répondent mieux au traitement ».

 

Sources

(1) Rodon J. et al. Genomic and transcriptomic profiling expands precision cancer medicine : the WINTHER trial. Nature Medicine, 22 avril 2019. Doi.org/10.1038/s41591-019-0424-4.

 

Pour en savoir plus sur ce thème, nous vous invitons à consulter le programme du colloque ‘’Révolutions thérapeutiques en cancérologie’’, organisé par l’Institut Servier.

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