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Après un cancer, la reprise du travail est souvent difficile. Selon une étude, accompagner les patients en rémission pendant cette période est indispensable. Explications.

Des mois voire des années après, effets secondaires des traitements anticancéreux peuvent modifier les capacités professionnelles au moment de reprendre le travail. Outre une fatigue chronique, une diminution de la force physique et une altération de la mémoire et/ou de la concentration, les patients en rémission sont confrontés à d’autres difficultés qui compliquent très souvent leur retour à la vie active : charge de travail, suivi médical, réactions inappropriées de la hiérarchie et des collègues... D’après l'Observatoire sociétal des cancers, une personne sur trois perd ou quitte son emploi dans les deux ans qui suivent le diagnostic (1).

Après le traitement d’un cancer :

– 61 % des personnes se sentent plus fatigables qu’avant
– 41 % souffrent de troubles du sommeil ;
– 33 % de troubles de la mémoire et de la concentration ;
– 14 % de douleurs chroniques.

 

De l’importance d’accompagner les patients

Pour de nombreux patients en rémission, la reprise du travail est un retour à la normalité. « Retourner au travail c’est retrouver une place, redevenir « quelqu’un qui compte», non seulement dans l’entreprise, mais plus largement dans la société. Cela permet de passer à autre chose, de renouer avec une vie normale sans pour autant retrouver immédiatement sa vie d’avant », estime l’Institut Curie. « La vie active apporte également des repères. En travaillant à nouveau, on redevient acteur de son existence ».

Mais, l’accompagnement dans ce processus est insuffisant. Une étude réalisée auprès de personnes ayant souffert d’un cancer a montré l’importance d’une approche globale, collaborative et centrée sur la personne pour favoriser sa réintégration au travail (2). Pour l’Institut Curie, « la réussite du retour au travail d’un salarié ne se mesure pas seulement au moment de la reprise, mais s’évalue sur la durée. Un accompagnement dans les premiers mois conforte le maintien dans l’emploi ». Parmi les actions pouvant être mises pour faciliter la reprise du travail après un cancer : un aménagement de poste.

 

Des difficultés à concilier santé et travail

Pour faciliter la reprise du travail, un aménagement de poste peut être proposé par le médecin du travail. « Un poste aménagé permet au salarié d’honorer son contrat de travail tout en étant protégé. Le médecin du travail fait des recommandations pour une adaptation du poste de travail. Puis l’employeur fait des propositions à partir de ces recommandations », explique l’Institut Curie.

Une étude menée auprès de 1 518 individus a mis en évidence, de façon statistique, les déterminants du retour au travail après un cancer et plus spécifiquement l’impact des aménagements des conditions de travail (3). Il a été démontré que « l’impact de ces aménagements sur le retour au travail est un peu plus important pour les femmes que pour les hommes », précisent les chercheurs de l’étude. D’autre part, grâce à des entretiens qualitatifs menés auprès de 38  personnes ayant repris le travail après un cancer, la recherche met en exergue des difficultés à concilier santé et travail, pendant et après la période d’aménagement de poste prévue par le droit du travail. Ces difficultés sont liées principalement à des contraintes liées au travail, au type d’emploi occupé, à l’échéance du contrat, aux contraintes de soins et au quotidien. Ainsi, travailler après un cancer s’apparente à une épreuve. Pour les chercheurs de l’étude,  « la maladie peut mettre en danger le travail, et le travail, en éprouvant le corps, peut mettre en danger la santé. Une des caractéristiques de cette épreuve est l’incertitude. Elle pèse autant sur l’emploi que sur le travail et la santé de la personne ».

 

Sources

(1) Rapport 2014 de l’Observatoire sociétal des cancers

(2) Morrison T. L. et Thomas R. L. Survivors’ experiences of return to work following cancer: A photovoice study. Canadian Journal of Occupational Therapy, mai 2014. Volume 81, issue 3, pages 163-172. https://doi.org/10.1177/0008417414534398.

(3) Chassaing K. et al. Travailler avec un cancer. Regards croisés sur les dispositifs d'aménagement des conditions de travail et sur les ressources mobilisées pour tenir ensemble travail et santé. Rapport de recherche n° 63, Centre d'études de l'emploi. 2011, 144 p. 〈hal-00981764〉.