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Cinq ans après le diagnostic d'un cancer, la sexualité de plus de la moitié des patients reste perturbée. C’est ce qu’a révélé l’enquête VICAN5 réalisée en 2015 par l’Institut national du cancer (INCa).

 

La vie cinq ans après un diagnostic de cancer (1). Ainsi s’intitule le rapport de l’Institut national du cancer (INCa) qui s’est penché sur les traces laissées par la maladie dans la vie des patients. Parmi les aspects sondés : la sexualité. Car « après le diagnostic, le stress, l'inquiétude et la fatigue entraînent souvent une baisse de désir », explique l’INCa qui a mené en 2015 l’enquête nationale VICAN5, dans la continuité de celle réalisée en 2012 (VICAN2), auprès de 4 179 personnes âgées de 23 à 87 ans vivant en France métropolitaine.

 

Une diminution du désir sexuel chez 56,8% des patients à 5 ans

La littérature a déjà fait état de l’impact important d’un cancer et des traitements entrepris sur la sexualité des patients (2), notamment lorsque les organes génitaux (3) sont épargnés. Chez les patients ayant participé aux deux enquêtes VICAN2 et VICAN5, les troubles sexuels tendent à augmenter entre la 2ème et la 5ème année qui suivent le diagnostic, hormis pour les personnes âgées entre 18 et 40 ans. 56,8% témoignent d’une diminution du désir sexuel, 64,8% indiquent une réduction de la fréquence de leurs rapports intimes et 53,8% rencontrent des difficultés à avoir un orgasme. Toutefois, seuls les hommes âgés entre 71 et 82 ans seraient concernés par cette incapacité orgastique (1).

 

De l’importance d’un accompagnement adapté

Si les résultats de l’enquête VICAN5 ont confirmé une altération de la vie sexuelle des patients due au cancer et aux traitements, il semble que les troubles sexuels tendent à s’installer dans la durée et à impacter la qualité de vie des patients à long terme après le diagnostic et la fin des traitements. « Pour un grand nombre de patients, la sexualité peut sembler sans importance pendant la maladie, mais négliger cet aspect-là, c’est risquer de se retrouver sans sexualité après, avec une qualité de vie très altérée », estime Madeleine Gerardin-Toran, sexologue. Pour l’INCa, « une approche pluridisciplinaire, associant une prise en charge pharmacologique à des actions psychosociales, pourrait être la stratégie la plus efficace pour gérer au mieux de ces troubles (5, 6, 7) ».

 

Pouvoir parler de sexualité avec son médecin

Mais, qu’un accompagnement puisse être mis en place, encore faut-il que ces troubles sexuels soient identifiés. L’INCa déplore en effet un manque de discussion entre les patients et les équipes soignantes (4) autour de cette problématique. Pourtant, « d’après une étude (8), près de 90 % des malades aimeraient en parler avec un médecin, or seuls 40 % en ont l’opportunité », indique le Dr Pierre Desvaux, président du Syndicat national des médecins sexologues. Échanger avec les patients sur la sexualité pendant et après un cancer s’avère donc indispensable.

 

Sources

(1) La vie cinq ans après un diagnostic de cancer – Rapport. Collection État des lieux et des connaissances / Recherche. Juin 2018.

(2) Bober SL, Varela VS. Sexuality in adult cancer survivors : challenges and intervention. J Clin Oncol Off J Am Soc Clin Oncol. 2012; 30: 3712–3719. Doi : 10.1200/JCO.2012.41.7915.

(3) Ben Charif A. et al. Sexual health problems in French cancer survivors 2 years after diagnosis-the national VICAN survey. J Cancer Surviv. 2016b; 10: 600–609. Doi : 10.1007/s11764-015-0506-3.

(4) Ben Charif A. et al. Patient Discussion About Sexual Health With Health Care Providers After Cancer-A National Survey. J Sex Med. 2016a; 13: 1686–1694. Doi : 10.1016/j.jsxm.2016.09.005.

(5) Zhou ES, Nekhlyudov L, Bober SL. The primary health care physician and the cancer patient: tips and strategies for managing sexual health. Transl Androl Urol. 2015; 4: 218–231. Doi : 10.3978/j.issn.2223- 4683.2014.11.07.

(6) Candy B, Jones L, Vickerstaff V, Tookman A, King M. Interventions

for sexual dysfunction following treatments for cancer in women. Cochrane Database Syst Rev. 2016; 2: CD005540. Doi : 10.1002/14651858.CD005540.pub3.

(7) Hungr C, Sanchez-Varela V, Bober SL. Self-Image and Sexuality Issues among Young Women with Breast Cancer: Practical Recommendations. Rev Investig Clin Organo Hosp Enfermedades Nutr. 2017; 69: 114–122.

(8) Giovanna MA. et al. Talking about sexuality with the physician: are patients receiving what they wish ? Swiss Med Wkly. 2011;141:w13178. DOI : https://doi.org/10.4414/smw.2011.13178.