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La douleur est une notion complexe, pas toujours évidente à prendre en charge. Quelles sont les pratiques actuelles chez les nourrissons ? Réponse.

 

La douleur est une notion complexe parfois difficile à évaluer chez les nourrissons

La douleur est définie par l’association internationale pour l’étude de la douleur comme « une expérience sensorielle et affective associée à des dommages réels ou potentiels aux tissus ou décrite en fonction de ces dommages » 1. C’est une notion très subjective, propre à chaque individu en fonction de ses ressentis et de ses expériences. Or, les nourrissons n’ont pas la capacité de faire état du niveau de douleur ressentie. Ils dépendent des autres pour évaluer et prendre en charge la douleur en fonction de leurs réactions comportementales et psychologiques.

Jusque dans les années 1980, beaucoup considéraient que les nouveau-nés ne pouvaient pas ressentir de douleur. Par la suite, il a été démontré qu’il s’agissait d’une fausse idée et qu’au contraire, le système nerveux immature des nourrissons provoque une hypersensibilité aux stimuli douloureux. D’ailleurs, à la fin de la gestation, le fœtus possède tous les éléments nécessaires sur le plan anatomique, hormonal et neurophysiologique pour percevoir la douleur.2

De plus, une douleur mal prise en charge pendant la période néonatale peut entraîner à moyen ou long terme des conséquences néfastes. Pour éviter ces dernières, une évaluation appropriée de la douleur d’un nouveau-né est primordiale.

 

La prise en charge de la douleur chez le nouveau-né

Comme chez l’enfant et l’adulte, la douleur peut être prise en charge avec des traitements non médicamenteux et médicamenteux chez le nouveau-né. Ces deux types de traitements sont souvent complémentaires.

L'évaluation de la douleur chez les nourrissons n’est pas simple puisqu’ils n’ont pas accès à la parole. L'utilisation d'échelles d'évaluation de la douleur comme Accumulated Pain Stressor Scale (APSS) peut s’avérer utile et indispensable. Cette échelle a pour rôle de quantifier la douleur et d’évaluer l’efficacité ou non des prises en charges médicamenteuses et non médicamenteuses établies. 3

Les traitements non médicamenteux peuvent être de différentes natures. On peut noter par exemple, la succion non nutritive, l’emmaillotage et le réchauffement du talon, la méthode « mère kangourou » qui consiste à porter un nourrisson prématuré en contact peau contre peau sur le ventre. Toutes ces méthodes peuvent aider à soulager la douleur du nouveau-né sans administrer de médicaments.

En plus de la prise en charge non médicamenteuse, il y a la prise en charge médicamenteuse du nouveau-né. Celle-ci a beaucoup évolué au cours des dernières années et permet l’utilisation de différentes classes thérapeutiques selon les cas.

La morphine est souvent l’analgésie de première intention. Elle fait partie de la famille des opioïdes qui implique une surveillance importante des fonctions rénales et respiratoires des nouveau-nés.4 En effet, la tolérance aux opioïdes étant prouvée chez les nouveau-nés implique une vigilance très particulière. L'administration d'opioïdes peut se faire de plusieurs façons, soit en intraveineuse (continue ou différée), soit par voie orale ou rectale.

Les analgésiques non opioïdes sont nombreux. Ils comprennent notamment l'acétaminophène, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), les anesthésiques (locaux et régionaux) et les benzodiazépines. Les benzodiazépines ont un effet analgésique limité mais sont souvent utilisées chez les nourrissons pour induire une sédation et une myorelaxation, en complément d’autres médicaments analgésiques.

Pour prendre en charge la douleur, il y aussi les traitements anesthésiques. L’anesthésie régionale est souvent utilisée pour les nouveau-nés qui subissent une circoncision. L’anesthésie péridurale peut également être utile dans la prise en charge de la douleur chirurgicale. Elle permet de réduire considérablement la réponse au stress chirurgical d’un nouveau-né.5

L’anesthésie locale est utile pour soulager la douleur induite par un soin invasif sur la peau, comme l'insertion d'un cathéter intraveineux par exemple.

La prise en charge de la douleur des nouveau-nés est très complexe mais s’est nettement améliorée au cours de ces 40 dernières années. Plusieurs classes thérapeutiques peuvent être mobilisées, dans la prise en charge de la douleur, associées à des traitements non médicamenteux pour une meilleure efficacité.

 

Sources

  1. Pain terms: a list with definitions and notes on usage. Recommended by the IASP Subcommittee on Taxonomy. Pain. 1979 Jun;6(3):249. PMID: 460932.

     

  2. Anand KJ, Carr DB. The neuroanatomy, neurophysiology, and neurochemistry of pain, stress, and analgesia in newborns and children. Pediatr Clin North Am. 1989 Aug;36(4):795-822. doi: 10.1016/s0031-3955(16)36722-0. PMID: 2569180.

     

  3. Xu W, Walsh S, Cong XS. Development of Accumulated Pain/Stressor Scale (APSS) in NICUs: A National Survey. Pain Manag Nurs. 2016 Dec;17(6):354-362. doi: 10.1016/j.pmn.2016.08.004. Epub 2016 Oct 15. PMID: 27756592; PMCID: PMC5609453.

     

  4. Bhalla T, Shepherd E, Tobias JD. Neonatal pain management. Saudi J Anaesth. 2014 Nov;8(Suppl 1):S89-97. doi: 10.4103/1658-354X.144085. PMID: 25538531; PMCID: PMC4268538.

     

  5. Lönnqvist PA. Regional anaesthesia and analgesia in the neonate. Best Pract Res Clin Anaesthesiol. 2010 Sep;24(3):309-21. doi: 10.1016/j.bpa.2010.02.012. PMID: 21033009.